ON S'ÉGARE PARFOIS À SAINT-BRÉVIN

Philippe Moriceau

Avant-propos

La promenade est souvent proche de l'errance mais peu ont divagué comme moi dans des lieux qu'ils croyaient connaître...

PM

On s'égare parfois à Saint-Brévin. Quand j'y suis revenu ces jours-ci pour marcher dans les avenues comme il y a vingt cinq ans, je n'avais d'abord pas emporté de plan de ville. Ma mémoire se rassurait d'une géométrie simplifiée. Le tracé droit de la Route Bleue, l'étirement longiligne du front de mer, le parallélisme si souvent vérifié du boulevard de l'Océan et de l'avenue Roosevelt entre de petites rues orthogonales étalaient dans mon esprit un quadrillage de ville quasiment nazairien. J'avais oublié les étoiles, les coudes, les embranchements obliques, les bifurcations soudaines, les impasses dont on ressort perplexe. J'aurais même pu suivre l'allée des Cigales au-delà de celle des Bouillons et, la fatigue aidant, me persuader que j'étais aux Rochelets encore parce que, dans les dunes côtières, une impasse menait à une villa et un bouquet de pins, et me retrouver au coeur de l'Ermitage, ayant marché depuis l'avenue de Mindin sans savoir où j'avais quitté les Pins, ni l'Océan, ni les Rochelets. Mais tôt dans la forêt ville j'ai voulu voir la mer. Je me souvenais d'une montée de rue (sans doute avenue Bernard) qui écartait entre les pins un pâlissement de ciel bleu. Au moins pourrais-je rejoindre vite le boulevard de l'Océan dont -à ce qu'il me semblait- on peut repérer au bout de multiples couloirs les cyprès en bordure de côte. Peut-être même verrais-je immédiatement s'entrouvrir dans la perspective d'une avenue boisée une échappée sur l'immense scène de la mer. Mais j'avais aussi en mémoire ces dunes du rivage ombragées des mêmes frondaisons que les îlots escarpés des pinèdes... Une allée bombée sur le ciel m'essoufflait jusqu'à une impasse. Des ramures vert noir à hauteur de tête m'enfonçaient dans les Rochelets quand je croyais avoir remonté vers les Pins. Les troncs altiers, au coude de l'avenue, surplombaient des villas bien loin d'être côtières. Il était un peu plus d'une heure. Les chaudrées de moules, cuissons de chancrettes, casseroles de bigorneaux versaient jusqu'au bord sableux des jardins d'éparses odeurs marines, aiguisaient mon appétit de la joueuse coquette qui me faisait signe de toute part et s'éclipsait toujours...



Philippe Moriceau, Peintures sur Jade, éditions LYS BLEU.

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