ESCAPADE D'AVRIL

Pierre Tanguy


Avant-propos

La poésie limpide de Pierre Tanguy, au cours bref fluidement rythmé, appelle l’image du ruisseau. Celui qui fait entendre « un chant parmi les ombres » selon le beau titre du dernier recueil (1) cherchant dans les paysages du souvenir la présence du père mort :
-------------------"L’eau coulait froide
------------------- sous les houx
------------------- Les branches dénudées
------------------- tremblaient dans le courant…"

Le « ruisseau de peu » qu’évoque ici le poète quimpérois pendant cette promenade en bord de ville n’a lui rien de funèbre. Il chante la vie dans ce temps obscurci par le confinement morbide, belle trouée de « lumière offerte... sous un fatras de branches mortes », au coeur d’avril.

1-Un chant parmi les ombres de Pierre Tanguy a été publié aux éditions La part commune en 2019
PM

Je suis sorti. Avec, dans ma poche, un laissez-passer pour aller voir l’aubépine et le cerisier en fleurs. Je sais que, pour quelque temps encore, je pourrai rester bouche bée devant tant de lumière offerte. Alors je hâte le pas dans une certaine fébrilité. Je n’ai qu’une heure devant moi.

Depuis plusieurs jours, j’emprunte un vallon proche surplombé d’immeubles et de maisons d’habitation. Un ruisseau de peu, venant d’on ne sait où et s’en allant on ne sait où, coule sous un fatras de branches mortes et d’arbres fracassés par les tempêtes. On l’entend, on ne le voit pas. Le chemin est caillouteux, veiné par les racines de grands chênes ou d’érables sycomores qui le surplombent. La fougère osmonde, l’ortie et le houx ont, certes, droit de cité. Mais tout ici n’est que chaos. Seuls des chats un peu sauvages s’aventurent dans ce vallon en friches.

Aujourd’hui, sur le chemin, des clochettes, tintinnabulant, ont accouru vers moi dans un cortège de primevères. Ces petites fées violettes surgissent de la nuit on ne sait comment On en faisait, enfants, des bouquets. Leurs tiges blanches bavaient dans nos petites mains et nous les tendions, émerveillés, vers nos parents.

Plus loin un jeune garçon, qui courait sur un talus, est venu à ma rencontre. Il m’a lancé joyeux : « J’ai trouvé un oiseau mort et j’ai vu aussi un renard ». Sa petite sœur faisait des cabris autour de lui et j’ai longtemps entendu résonner leurs petites voix dans le chemin en m’éloignant petit à petit d’eux.

Au bout de ma promenade j’ai rencontré des gens qui tendaient le cou vers le faîte des arbres. Ils tentaient de résoudre l’énigme de ce bruit étrange de crécelle qui résonnait sur un tronc. « Sans doute un pivert », disaient-ils. On s’est parlé, on a commenté, on a évoqué ces moments où, tout d’un coup, le monde devient perceptible.

En rentant, je me suis approché de ma bibliothèque. J’en ai sorti La promenade de Robert Walser et j’ai relu ces phrases. « C’est avec la plus grande attention et sollicitude que celui qui se promène doit étudier et observer la moindre petite chose vivante, que ce soit un enfant, un chien, un moucheron, un papillon, un moineau, un ver, une fleur, un homme, une maison, un arbre, une haie, un escargot, une souris, un nuage, une montagne, une feuille ou ne serait-ce qu’un misérable bout de papier froissé et jeté, où peut-être un gentil et bon petit écolier a tracé ses premières lettres maladroites » (*)

Me promenant, j’essaie de rester fidèle aux leçons de sagesse du bel écrivain suisse.

Pierre Tanguy, La promenade, texte inédit écrit le 12 avril 2020 à Quimper, offert par son auteur pour ce site.

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